Une université ouverte

Editorial du numéro d’Esprit libre du mois de février 2016

En septembre 2011, dix ans après l’attentat de New York, je consacrais mon premier discours de rentrée académique au thème de l’ouverture, l’une des valeurs fondamentales de notre université. Ouverture aux autres établissements d’enseignement supérieur, à Bruxelles, en Wallonie et dans le monde. Ouverture aux défis sociétaux. Ouverture à toutes les cultures. Une attitude fondamentalement « ouverte » est indispensable à l’ULB pour qu’elle occupe pleinement sa place parmi les acteurs de notre société et parmi les institutions qui contribuent, par leur enseignement et leur recherche de pointe, à façonner le monde de demain. S’ouvrir aux autres, aux nouveautés, aux différences, est d’ailleurs une démarche qui s’impose à toute université qui entend participer à la construction d’une société plus équilibrée.

Ce numéro d’Esprit Libre est une belle illustration de l’ouverture de notre université. Permettez-moi d’en épingler trois expressions.

Tout d’abord, l’ouverture à l’interdisciplinarité. L’ULB a, depuis plusieurs années, favorisé une politique de regroupement de chercheurs autour de quelques grandes problématiques qui nécessitent une approche multidisciplinaire. Il en va ainsi du cerveau comme du cancer, de l’Europe comme de nos sociétés dans leurs dimensions collectives ou individuelles. Cette dernière thématique sera désormais au cœur de l’attention de toute une série de chercheurs regroupés au sein d’une « Maison des Sciences Humaines » qui s’inscrit dans la grande tradition française des Maisons des Sciences de l’Homme. Ce numéro d’Esprit Libre explique et détaille cette initiative qui doit se concevoir comme un processus dynamique et ouvert.

Ensuite, l’ouverture aux réfugiés du Proche-Orient. L’ULB ne pouvait assister en simple spectatrice au drame qui se joue actuellement sur les routes qui conduisent des centaines de milliers de Syriens, d’Irakiens et d’autres populations persécutées depuis leur Proche-Orient natal jusqu’en Europe, où ils espèrent pouvoir trouver refuge et respect. Dans ce contexte d’émigration forcée, les chercheurs doivent pouvoir trouver une main tendue, un accueil chaleureux. Nous sommes là au cœur de nos missions et nous nous devions d’offrir un environnement scientifique à ceux qui ont dû fuir leur pays. Les 10 chaires d’un an que l’ULB a ouvertes à cette fin manifestent concrètement notre soutien à une politique d’accueil.

Enfin, l’ouverture au sein même de notre université. Notre communauté universitaire comprend de plus en plus de membres qui nous viennent d’autres institutions et d’autres pays. On sait que près d’un tiers de nos étudiants sont étrangers, que 2 post-doctorants sur 3 le sont également, mais il faut redire que l’origine de nos enseignants et chercheurs est de plus en plus diverse. Les commissions « internes » qui définissent les profils de chaires, qui sélectionnent les candidats, qui se prononcent sur les projets de recherche ou d’enseignement et leur financement sont désormais systématiquement composées d’une part significative de collègues extérieurs à notre institution. C’est là une volonté d’ouverture, mais aussi un gage d’objectivité et, pour tout dire, un critère aujourd’hui très affirmé de qualité des processus de décision. Et, depuis le 18 janvier, c’est désormais le Président de notre Conseil d’administration qui nous vient d’une autre université, la VUB, et d’un milieu professionnel différent du monde académique. Il ne faut surtout pas y voir un affaiblissement de l’importance de nos missions de base, l’enseignement et la recherche, mais bien la volonté de notre Université de se confronter à d’autres expériences pour élaborer, ensemble, une vision d’avenir. Dans cette vision, l’ouverture doit rester une valeur en vertu de laquelle nous poursuivons notre action et construisons nos politiques.

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