L’engagement passe par l’empathie

Editorial du numéro d’Esprit libre du mois de décembre 2015

On entend bien souvent que notre société occidentale manque d’engagement, que les projets mobilisateurs lui feraient défaut et qu’en fin de compte, nous aurions peu à peu perdu cette capacité à nous insurger et à nous engager. Mais si manque il y a, ne serait-ce pas surtout d’empathie, de cette disposition, vitale, qui consiste à raccourcir la distance qui nous sépare de l’autre ? On s’entendra rapidement pour se dresser contre la thèse du « choc des civilisations » que prônent d’aucuns. Mais sommes-nous pour autant disposés à nous rapprocher des autres formes de culture, des autres langues, des autres manières de penser ? Non pas pour s’y fondre ou pour les adopter nécessairement, mais pour les connaître et, à tout le moins, les considérer comme des possibles. Je n’oserais dire qu’il y avait davantage d’empathie dans les décennies précédentes. Mais assurément, il en manque aujourd’hui.

Or, il n’y a pas d’engagement sans une vraie empathie. Empathie envers les victimes de tant d’attentats barbares, à Paris, à Bruxelles, à Beyrouth. Empathie envers toutes celles et tous ceux qui sont soumis à une menace permanente de la part d’assassins qui les prennent pour cibles. Empathie envers toutes celles et tous ceux qui font l’objet d’amalgames dangereux et malsains. Nombreuses sont, malheureusement, les occasions de prendre la mesure des difficultés qui assaillent celles et ceux qui nous entourent ou vivent à plusieurs milliers de kilomètres. La communauté universitaire de l’ULB a témoigné, avec une réelle émotion, sa proximité avec toutes les victimes d’actes de terrorisme perpétrés ces derniers temps, lors de l’hommage qui fut rendu le 16 novembre dernier aux victimes des massacres parisiens. On ne peut nier que l’ULB s’était également émue du désespoir des réfugiés fuyant le drame qui se joue au Proche-Orient.

Il ne faut pas se priver d’exprimer notre empathie et, surtout, il ne faut pas la soumettre à la séquence que dicte l’actualité. Notre empathie doit être réelle, sincère et non soumise à quelque mode (un dogme en fin de compte) que ce soit. Les attentats ne doivent pas chasser les réfugiés, qui eux -mêmes ne doivent pas faire oublier le désarroi de nombreuses familles grecques.

L’empathie s’applique aussi à toute situation. Le métier d’enseignant lui-même est fondé sur une forte capacité empathique, sans laquelle il n’est pas de réelle volonté de transmettre. C’est donc aussi dans la vie quotidienne de notre Université que nous ne devons pas craindre de témoigner notre empathie.

Au moment où l’ULB réaffirme sa volonté d’engagement dans tous les domaines de la vie publique, elle s’efforce également de développer une attitude systématique d’ouverture, d’écoute et de compréhension envers tout un chacun. Aux « dérèglements du monde », nous devons répondre par plus de tolérance mais aussi plus d’empathie envers toutes celles et tous ceux qui se tournent vers nous. C’est à partir de cet intérêt pour l’autre que nous pourrons bâtir un véritable engagement, qui commence dans la relation que nous tissons, chacune et chacun, avec nos interlocuteurs de chaque jour.

Cette édition d’Esprit Libre offre plusieurs dossiers qui témoignent de notre engagement, sur la base de nos principales missions, et sur le principe d’une université ouverte sur le monde.