L’ULB est Charlie

Editorial du numéro d’Esprit libre du mois de janvier 2015

 « Abderrahman, Martin, David,
Et si le ciel était vide… »

Au moment où je rédige cet éditorial, quelques individus, soumis à un dogme et séduits par la haine et la mort, viennent de perpétrer, à Paris, des attentats contre l’humanité. Notre humanité. Car la liberté d’expression défendue avec courage et détermination par la rédaction de Charlie Hebdo et attaquée dans le sang par ces terroristes, c’est bel et bien la nôtre. Cette prise d’otages qui cible des innocents pour la simple et terrifiante raison qu’ils sont juifs, c’est à n’en pas douter celle à laquelle nous serons tôt ou tard confrontés, si nous fermons les yeux. Aussi, ne peut-on que s’assimiler aux victimes de ce début d’année. Nous sommes Charlie. Nous sommes Ahmed Merabet. Nous sommes tous juifs.

Les commentaires n’ont pas manqué, en sens divers parfois, en dépit d’un soutien planétaire qui a voulu exprimer le refus de la barbarie, du meurtre. Je n’y ajouterai rien, au-delà de cette chanson tellement juste d’Alain Souchon qui ouvrait mon texte, en dehors des sentiments d’empathie que l’ULB adresse aux familles de toutes les victimes de ce janvier noir.

Mais une fois la révolte exprimée et le soutien témoigné, il faudra parler de l’avenir. Bien sûr, ceci nous montre que la défense de la liberté, de la tolérance, de la démocratie comme condition de leur survie reste un combat de tous les instants. Bien sûr, il faut insister plus que jamais sur le travail d’intégration culturelle et sociale à poursuivre dans toutes les composantes de nos sociétés. Mais n’oublions pas que la meilleure arme pour défendre un monde libre reste l’éducation. Et l’Université détient un rôle de première importance dans cette lutte contre l’obscurantisme criminel. C’est notre mission que de développer le savoir et de faire reculer les limites de l’interprétation mythique du monde, d’apprendre aux futures générations à comprendre, à exprimer finement une pensée, à structurer un échange de vues et sans doute à trouver un sens positif dans la vie. Mais c’est aussi notre devoir de lutter contre la fragmentation de la société, contre les clivages de toutes sortes, culturels, sociaux, politiques, religieux… L’Université doit rester proche de tous, si elle ne veut pas encourir le risque de se voir enfermée dans une bulle, et avec elle le savoir et la critique vitale aux sociétés. Elle doit rester accessible et ouverte à tous, pour continuer à être un véhicule d’intégration. Elle doit recevoir les moyens d’assurer son rôle d’ascenseur social, dans un souci d’exigence scientifique et intellectuelle toujours réaffirmé. Plus que jamais l’Université doit être synonyme d’Open Access et les nouveaux médias de l’enseignement doivent contribuer à répandre le savoir tout en améliorant nos performances pédagogiques, d’autant plus sollicitées que les amalgames et la pensée unique gagnent du terrain.

Après l’identification aux victimes, il faut maintenant reprendre le chemin, celui de l’éducation, du libre examen, de la critique. Merci à toutes et tous pour œuvrer, notamment au sein de l’Université libre de Bruxelles, à faire barrage aux tentatives intégristes et si possible à la bêtise humaine.

Retrouvez l’ensemble des éditoriaux que j’ai rédigés pour Esprit libre sur ce blog, à la page suivante :  http://blog-recteur.ulb.ac.be/?page_id=204