Le Recteur de l’ULB peut-il dialoguer avec Shimon Peres ?

Le 5 mars prochain, le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) organise à l’Académie royale de Belgique une manifestation, à l’occasion du passage à Bruxelles de Shimon Peres, Président de l’Etat d’Israël mais aussi Docteur honoris causa de l’Université libre de Bruxelles.

Les organisateurs m’ont invité à évoquer ce DHC et à engager un dialogue avec celui que notre université a honoré voici 25 ans. Beaucoup de collègues se sont émus de ma participation et je peux les comprendre.  Je m’empresse de dire que l’ULB n’est en aucune manière associée à l’organisation de cette manifestation. Toutefois j’ai estimé, après mûre réflexion, qu’il était de mon devoir d’accepter de dialoguer avec une personnalité que notre institution a honorée de l’une de ses plus hautes distinctions.

Ma décision sera diversement appréciée. Certains collègues, dont je respecte et souvent partage, à titre personnel, les opinions politiques, considèrent que j’aurais dû boycotter cette manifestation car, selon eux, dialoguer, fût-ce avec une personne que nous avons honorée, revient à cautionner ses positions.

Comme eux, je dénonce la politique de colonisation pratiquée par l’Etat d’Israël. Comme eux, je défends l’indépendance de la Palestine parce que l’on ne peut refuser à une population l’autonomie et la totale maîtrise de son destin. Comme eux, je suis effrayé par la situation désastreuse des universités palestiniennes. Comme eux, j’estime que seuls le dialogue et la ferme volonté de respecter l’autre permettront de restaurer la paix.  Mais c’est précisément pour toutes ces raisons que j’ai accepté de rappeler le 5 mars prochain que si Shimon Peres a reçu les prestigieux insignes de DHC de notre université, le Recteur de celle-ci a le devoir le lui transmettre les légitimes interrogations voire les vives critiques qui envahissent aujourd’hui une bonne partie de notre communauté universitaire.

Certes, je n’ai reçu aucun mandat pour émettre quelque message que ce soit de notre Université, mais j’estime qu’à partir du moment où nous avons accordé les insignes de Docteur honoris causa à Monsieur Shimon Peres, l’ULB doit lui témoigner ce respect fondamental qui consiste d’une part à lui dire sereinement le désaccord de certains membres, certes pas tous, de notre Communauté universitaire, avec les politiques suivies sous son autorité et d’autre part, à écouter sa réponse.

Je tiens donc à réaffirmer avec la plus grande fermeté que ma présence au Palais des Académies, le 5 mars, ne signifiera en aucune manière que l’Université libre de Bruxelles cautionne la politique de l’Etat d’Israël. Mais l’indépendance critique qui fait la force et l’originalité d’une Université comme la nôtre se gagne également par le courage du dialogue, surtout lorsque l’on est en désaccord, surtout lorsque l’on est en position minoritaire, comme ce sera probablement mon cas au cours de cette manifestation. Au-delà, je n’éviterai pas les critiques voire les « récupérations ». Quelles que soient mes convictions profondes, la conception que je me fais de la fonction de Recteur m’oblige simplement à assumer les choix passés de notre Université et à rappeler les valeurs qu’elle défend, à commencer par le respect et le libre arbitre.