Merci

Editorial du numéro d’Esprit libre du mois de juin 2016

Une société de la connaissance est une société dont le ressort, le dynamisme, l’avenir s’appuient sur le développement des connaissances scientifiques, au sens large. Mais c’est aussi une société dans laquelle la connaissance est en accès direct, instantané, pour une très large majorité d’individus. Une telle société, confrontée de surcroît aux potentialités d’un numérique croissant, offre à l’Université une place de plus en plus centrale dont elle doit se saisir, tandis que, dans le même temps, elle en modifie —ou approfondit— peu à peu la nature.

En effet, plus les connaissances se diffusent par des canaux multiples et variés, selon le principe heureux, sur le fond, de l’open access, plus le rôle de l’Université me semble devoir se concentrer sur deux missions, dont l’articulation étroite est essentielle : la critique et l’innovation.

Dans ce flot croissant d’informations, il importe en effet d’être capable de tracer un chemin, d’opérer un tri, de discerner le vrai du faux ou, simplement, l’essentiel, c’est-à-dire les hiérarchies du savoir. Pour ce faire, l’enseignement universitaire doit sans cesse évoluer et offrir bien plus que des connaissances à ses étudiants, mais bien de véritables « repères scientifiques », en dehors ou plutôt au cœur de la mer d’informations, de manière à transformer ces connaissances en un véritable savoir qui ne progresse qu’en ayant la capacité de se remettre lui-même en cause.

Cette capacité de remise en cause des savoirs dépend de notre capacité à innover, en même temps qu’elle en est la condition première. Et innover demeure l’une des missions centrales de l’Université, réaffirmant ainsi son rôle déterminant au cœur de nos sociétés. Certes, l’innovation n’est pas satisfaisante en soi ; et chaque université pourra se distinguer dans la qualité et dans la visée « morale » des innovations qu’elle aide à construire. Mais il n’est reste pas moins qu’elle ne peut pas se contenter de se croire détentrice des clés d’un coffre-fort qui contiendrait la connaissance, au risque de voir la valeur du bien conservé s’effondrer en peu de temps.

Au moment de quitter la fonction de recteur que j’ai eu le plaisir d’assumer pendant six ans, et avant même que ne vienne l’heure légitime des bilans, je voudrais remercier toute la communauté universitaire de l’ULB pour la passion avec laquelle elle contribue activement au renforcement du principe de critique scientifique et à notre capacité à innover. Les derniers classements, qui ne cessent de fleurir, nous évaluent à la 21e place des universités européennes les plus innovantes, première université belge francophone, et de loin. Avec l’international, voilà donc une orientation forte de notre université, sur laquelle il faut construire un positionnement solide. J’espère vivement que ce positionnement aura soin de continuer à nous ouvrir, à prendre la mesure positive de notre environnement, à prôner en d’autres termes une large collaboration, avec d’autres institutions, universitaires ou non, et à défendre l’importance de la culture, au sens le plus solidaire, dans le développement des sociétés.

Fier de notre université, j’espère avoir pu contribuer à la faire avancer vers cet horizon auquel je crois. Puisse Yvon Englert avoir la même chance qui me fut donnée d’autant de rencontres enrichissantes avec nos collègues et autres acteurs brillants de la société, d’autant d’enthousiasme aussi de la part des membres de notre université et de ses soutiens, d’autant de défis essentiels à relever pour le bien commun.

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